Les chroniques de François Rahier

LES ÉTRANGES AVENTURES D’OSCAR HAMEL
Autoportrait de F. A. Breysse Premier dessin de F. A. Breysse dans Coeurs Vaillants Le parcours du dessinateur français Frédéric-Antonin Breysse (20 novembre 1907 – 13 septembre 2001) fut bref : il quitta la BD sur un coup de tête en 1955 et ne chercha jamais à faire carrière. Aussi n’eut-il pas la notoriété d’Hergé dont les planches côtoyèrent pourtant les siennes dans La Voix de l’ouest, éphémère succédané de Cœurs Vaillants dans l’immédiat après-guerre : Tintin a certainement influencé le personnage d’Oscar Hamel, son jeune héros à la houppette brune, et Milou celui du chien Titus, le boxer qui parle. Pour le reste, même les spécialistes hésitent devant la commune inspiration de certaines bandes. En tout cas, c’est bien Oscar Hamel et non Tintin qui mit le premier le pied sur la Lune, en 1947 (dans Les Conquérants de l’infini, édité en album par Fleurus seulement en 1982). On a pu redécouvrir F.-A. Breysse depuis quelques décennies grâce aux rééditions des Archives Fleurus, puis surtout des Éditions du Triomphe, rééditions qui ont été pour certaines des révélations : ni L’idole aux yeux d’émeraude (1948-1949) ni L’Étrange aventure d’Oscar Hamel (1945-1946), qui figuraient parmi les premiers titres repris au Triomphe, n’avaient jamais été publiés en albums – et aussi et surtout, grâce aux efforts de chercheurs comme Gérard Thomassian et l’équipe de la revue Hop ! réunie autour de Louis Cance.

L’idole aux yeux d’émeraude est un récit d’aventures scientifiques et exotiques, fleurant un colonialisme sans complexe (caractéristique d’une époque qui a encore du mal à comprendre que tout vacille) : fertile en rebondissements, l’aventure nous conduit au fond de l’océan, jusqu’aux ruines de l’Atlantide, et n’a pas pris une ride malgré ses soixante-quinze ans bien sonnés. La lecture des premières planches provoquera certainement, chez le lecteur « tintinophile » tout au moins, un sentiment de déjà vu : observatoire, savant barbichu, et… éclipse providentielle ! Mais, qu’on y prenne garde, la planche 15 de « L’idole… » où Oscar sauve ses amis des pirates du désert en invoquant l’astre solaire, est parue presque en même temps dans Cœurs Vaillants que son équivalent du « Temple du Soleil » [planche 58] dans Tintin (édition belge ). Les grands esprits se rencontrent donc quelquefois…

Première planche de l'étrange aventure
L’Étrange aventure (1945) conte les débuts d’Oscar Hamel ; il s’agit de la première BD de Breysse, qui collabore avec Cœurs Vaillants depuis le 15 septembre 1940 pour des illustrations de nouvelles et de textes rédactionnels. Le graphisme hésite un peu, l’humour loufoque est déjà là pourtant, et une porte s’ouvre sur le fantastique ou la science-fiction : à la suite d’un naufrage, le jeune garçon aborde une île mystérieuse où vit un drôle de peuple, les « fildefériens » (que le dessinateur avait imaginés pour illustrer un manuel de bricolage à destination des enfants, et utilisés à plusieurs reprises dans des illustrations pour Cœurs Vaillants pendant la guerre)
Les fildefériens dans Coeurs Vaillants spécial vacances eb 1944 Les fildefériens dans Coeurs Vaillants spécial vacances eb 1944

Ces petits robots reviendront en force dans des aventures ultérieures, Le Mystère de Ker-Polik ou La Rivière de feu, réédités depuis par le même éditeur. De la jungle africaine à l’Himalaya, en passant par la Suisse ou la Bretagne, au long des dix épisodes qu’écrivit Breysse pour Cœurs Vaillants entre 1945 et 1955, la galerie des personnages s’enrichit, de plusieurs hommes de science plus ou moins farfelus d’abord (César Tichot, le docteur Chiméric, Séraphin Barbenzed), de l’inévitable Isidore ensuite, cousin et faire-valoir d’Oscar, du singe Cacahuète surtout ; la surabondance animalière dans la bande dénote l’influence de Benjamin Rabier que l’auteur revendique d’ailleurs hautement. Le couple formé par le chien et le singe, qui s’en donnent à cœur joie à une époque où Milou doit se résigner au silence, constitue un contre-point humoristique à une action souvent dramatique. C’est sans doute ce qui caractérise avant tout cette série, hésitant moins entre le réalisme et l’humoristique comme on a pu le dire, qu’affichant au contraire un parti pris franchement favorable au mélange des genres.

Le secret du Vultur Totem
Aujourd’hui, grâce à l’opiniâtreté des éditeurs et des chercheurs, une grande partie de l’œuvre de F.-A. Breysse est sortie de l’ombre. Même si les rééditions de classiques de la bd n’atteignent pas des tirages qui leur permettent de se maintenir longtemps en librairie, plusieurs volumes des Éditions du Triomphe sont encore disponibles, et l’on peut assez facilement trouver en bouquinerie les tomes épuisés. Manquaient à l’appel les planches déjà réalisées du « Secret du Vultur Totem », l’histoire interrompue par la brouille entre le dessinateur et Cœurs Vaillants en 1955. Les 15 planches ont été reprises, à l’initiative de Louis Cance, dans une série spéciale de la revue Hop ! . Et la même revue a retrouvé, et publié, quelques planches d’une histoire écrite par F.-A. Breysse pour le journal d’entreprise des usines Renault où il était entré vers 1960 ; cette bande, intitulée « Panique à Fonteclaire », met en scène un jeune homme qui a un air de famille avec Oscar Hamel, et dont le chien Soupape est le sosie de Titus le bouledogue d’Oscar .

F.-A. Breysse, même méconnu, demeure une valeur sûre des années cinquante, que les jeunes générations auront toujours profit à redécouvrir.

François Rahier
Version revue le 17 décembre 2023

Bibliographie d’Oscar Hamel

L’ÉTRANGE AVENTURE D’OSCAR HAMEL (34 pl.)


a)Messages aux Cœurs Vaillants, N° 1(6/45) à 4 (10/45) ;
b) La Voix de l’Ouest (Tintin et Milou), N° 5-6 (1945) et 1-7 (1946) ;
c) Cœurs Vaillants, N° 1 (19/5/1946) à 21 (22/12/1946) ;
d) Album Triomphe, 1996.
Coeurs vaillants 01 de 1945 Couverture de l'album Triomphe

LES CONQUÉRANTS DE L’INFINI (32 pl.)


a)Cœurs Vaillants, N° 16 (20/4/1947) à 47 (23/11/1947) ;
b) Album Archives Fleurus, 1982 ;
c) Album Triomphe, 2019.
Couverture de Coeurs vaillants 16 de 1947 Couverture de l'album Fleurus

L’IDOLE AUX YEUX D’ÉMERAUDE (62 pl.)


a)Cœurs Vaillants, N° 3 (18/1/1948) à 13 (27/3/1949) ;
b) Album Triomphe 1995.
Couverture de Coeurs vaillants 3 de 1948 Couverture de l'album Triomphe

L’ONCLE DU TCHAD (47 pl.)


a)Cœurs Vaillants, N° 15 (10/3/1949) à 9 (26/2/1950) ;
b) Album Fleurus 1952 ;
c) Réédition Archives Fleurus, 1981 ;
d) Album Triomphe, 1998.
Couverture de l'album Fleurus CV 20 de 1949

S.O.S. 23-75 (46 pl.)


a)Cœurs Vaillants N° 12 (19/3/1950) à 5 (4/2/1951) ;
c) Album Fleurus 1952 ;
d) Réédition Archives Fleurus 1981 ;
e) Album Triomphe 2006.
Couverture de l'album Fleurus CV 14 de 1950

LE MYSTÈRE DE KER-POLIK (40 pl.)


a)Cœurs Vaillants, N° 19 (11/3/1951) à 49 (9/12/1951) ;
b) Album Fleurus 1952 ;
c) Reprise dans Formule 1 N° 40 (1979) à 1 (1980) ;
d) Réédition Archives Fleurus 1980 ;
e) Album Triomphe 1999/
Couverture de l'album Fleurus
CV 41 de 1951

LA MONTAGNE DE LA PEUR (45 pl.)


a)Cœurs Vaillants N° 6 (10/2/1952) à 52 (28/12/1952) ;
b) Album Fleurus 1953 ;
c) Réédition Archives Fleurus 1979 ;
d) Album Triomphe 2009.
Couverture de l'album Fleurus
CV 39 de 1952

LA RIVIÈRE DE FEU ((40 pl.)


a)Cœurs Vaillants N° 5 (1/2/1953) à 45 (8/11/1953) ;
b) Album Fleurus 1954 ;
c) Réédition Archives Fleurus 1979 ;
d) Album Triomphe 2000.
Couverture de l'album Fleurus
CV 29 de 1953

LA CITÉ OUBLIÉE (44 pl.)

a)Cœurs Vaillants N° 1 (3/1/1954) à 35 (29/8/1954) puis de 41 (10/10/1954) à 49 (5/12/1954) ; (5.12.54) ;
b) Album Fleurus 1954 ;
c) Réédition Archives Fleurus 1980 ;
d) Album Triomphe 2001.
Couverture de l'album Fleurus
CV 01 de 1954

LE SECRET DU VULTUR-TOTEM

a)Cœurs Vaillants N° 12 (20/3/1955) à 16 (17/4/1955) ;
b) Repris avec les 10 planches manquantes dans Hop ! n° 79, 81, 83 et 85 (1998-2000).
CV 12 de 1955

Éditions de Triomphe, 7 rue Bayen – F75017 Paris (17,90 € + port) ; seuls Les Conquérants de l’infini, L’Oncle du Tchad et La Montagne de la peur sont actuellement disponibles).
contact@editionsdutriomphe.fr

Hop ! rédaction, 15 boulevard Lintilhac F15000 Aurillac (10 € le numéro)

Bibliographie générale de F.-A. Breysse :


- La plus belle histoire, texte de l'abbé Gaston Courtois. Collection Belles histoires et belles vies, Éditions Fleurus 1947
- Saint François d'Assise, texte de l'abbé Jean Pihan. Collection Belles histoires et belles vies, Éditions Fleurus 1952
- « Les années cinquante aux éditions Fleurus : F. A. Breysse » par Henri Filippini, in Schtroumpfanzine 26 (01/1979)
- « Invité : F.-A. Breysse » Interview par G. Thomassian, in Hop ! n° 19 (03/1979)
- « F.-A. Breysse : Bibliographie » par G. Thomassian et L. Cance, in Hop ! n° 21 (09/1979)
- « Le secret du Vultur Totem » & bibliographie, par G. Thomassian in Hop ! : n° 79, 81, 83, 85 (06/1998-03/2000)
- « Remember » par G. Thomassian & « Panique à Fonteclaire », in Hop ! n° 92 (12/2001)
- « Hommage », par François Corteggiani, La Lettre de Dargaud (2001)
- « Ils ont posé leur crayon », par Maurice Patinax, Le Collectionneur de BD n° 95 (2001)
- « Panique à Fonteclaire » in Hop ! n° 99 (09/2003)

N.B.- La bibliographie de F.-A. Breysse dans Cœurs Vaillants pour la période de la guerre ne figure pas dans Hop ! Une bibliographie de ses travaux dans Cœurs Vaillants est disponible sur bdoubliees.com pour les années 1943-1944 ; le dépouillement des années1940-1942 est en cours.

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