Les chroniques de Louis Cance

Qui êtes-vous monsieur Arnal ?

personnages d'Arnal


C. ARNAL, c'est le créateur, entre autres, de PIF, PLACID et MUZO, RIQUIQUI, depuis plus de 25 ans ses personnages vivent de multiples aventures et ont fait les délices de plusieurs générations. Dessinateur négligé jusqu'à présent par le monde des fanzines, nous pensons qu'il est temps de lever le voile sur cet artiste, modeste entre tous, et de lui poser la question :

Qui êtes-vous monsieur Arnal ?

C'est toujours difficile de se présenter, néammoins je vais essayer: je m'appelle Joseph Cabrero ARNAL, sujet Catalan depuis heu.. 1909. Ayant quitté l'Espagne en 1939 pour me retrouver dans un camp de réfugiés en France, puis en janvier 1941 dans un camp de concentration allemand, à Mathausen. A la libération naissent PLACID et MUZO (Le 16 Mai 1946) puis PIF en bande quotidienne dans 'l'Humanité" en remplacement de FELIX-le Chat. PIF rejoint PLACID et MUZO dans "VAILLANT" en 1952.

Novembre 1950 c'est aussi la naissance de R0UD0UDOU pour les tout-petits. Voila c'est tout (et c'est beaucoup), aujourd'hui tous ces personnages continuent à vivre sous des plumes différentes.

Depuis quand dessinez-vous ?

Mes souvenirs remontent à ma lointaine enfance. Les marges de mes cahiers disparaissaient sous les caricatures de mes personnages favoris du cinéma de l'époque, au grand désespoir de mes instituteurs et de mon père. Ce dernier me fit apprendre un métier : menuisier-ébéniste. Je n'étais pas doué et je dus me tourner vers la mécanique sur les machines à calculer, ce fut encore pire. En cachette je dessinais et envoyais mes dessins à des maisons d'édition. Et un jour l'une d'elle accepta mes dessins. Ces derniers me furent payés un bon prix et mon père fut enfin convaincu que ma passion avait du bon : J'avais 18 ans.

Pif

Donc avant de quitter l'Espagne vous avez publié des B.D. Lesquelles ?

Ma carrière a donc commencée à Barcelone vers les années 30/31, où, jeunesse aidant, j'ai dessiné d'innombrables bandes et plusieurs albums. A l'époque, nous étions une demi-douzaine de jeunes enthousiastes de la B.D. (MORENO, MESTRES, TOMAS, etc...) qui dans un style américain mais, avec l'humour latin, avons été les premiers à implanter en Espagne le système "parlant" des personnages au moyen de balIons. C'est à cette époque que j'ai créé, entre autres, un personnage appelé "TOP" l'ancêtre indiscutable de PIF le Chien.
couverture de l'album publié en Espagne, VOYAGE EXTRAORDINAIRE DU CHIEN TOP, ancêtre de PIF le chien

- Vous avez donc subi des influences ?

Tout dessinateur, à ses débuts, est influencé par un autre et, ce n'est que peu à peu, que sa propre personnalité prend le dessus. Pour ma part, encore enfant, j'ai été emerveillé par les bandes de FELIX le Chat, de Pat Sullivan et son influence marquait fortement mes premiers dessins. Caprice du hasard, c'est des années plus tard que mon personnage de PIF a remplacé sur les pages de "l'Humanité" celui de mon maître.

Que représente pour vous la bande dessinée ?

Pour moi c'est une forme d'art spécialement destiné aux enfants, mais pas du grand art. De plus je ne conçois pas une B.D. qui ne soit pas comique. C'est un point de vue très personnel. Certes si l'on m'avait demandé de faire de la B.D. adulte je m'y serais employé. Mais alors j'aurais évité d'américaniser mes dessins et de dramatiser, j'aurais fait quelque chose qui corresponde au tempérament français.

Vous êtes un dessinateur pratiquement exclusivement animalier, pourquoi ?

Pas forcément animalier, car, si les anciens il¬ lustrateurs de fables représentaient les animaux tels qu'ils sont en réalité, les personnages-bêtes actuels n'ont qu'une lointaine similitude avec le modèle choisi. Disons que ce sont des êtres qui évoluent dans un univers imaginaire, ou dans une autre dimension dans laquelle ils agissent de la même façon que les humains, avec leurs qualités (rares) et leurs défauts (nombreux).

Lisez-vous des B.D. et que pensez-vous de la situation actuelle de la B.D. ?

Bien sûr, je lis des B.D.! Surtout les bandes comiques qui, je l'avoue sans honte, me procurent la même joie que j'éprouvais étant enfant. L'extraordinaire vogue actuelle pour la B.D., ce n'est que justice pour ce mode d'expression si longtemps négligé et même méprisé, car, après tout, bien avant que par les signes l'homme des cavernes exprimait déjà ses idées par 1'image et narrer des faits, vrais ou faux, au moyen des images, c'est faire de la bande dessinée.

Mouche et Nigo
Pif Arnal par Motti

Aujourd'hui vous ne dessinez pratiquement plus, tous vos personnages étant repris par divers dessinateurs, que pensez-vous de cette situation ?

La vie productive d'un dessinateur est courte. Quand, de par l'âge, la vue flanche et la main perd sa fermeté, c'en est fini. Un écrivain, par exemple, si sa main tremble a toujours la ressource de taper son texte ou bien de le dicter, et ainsi, travailler jusqu'à un âge avancé. S'il en a le courage, bien sûr. Alors, si des jeunes dessinateurs prennent la relève, l'idée que mes personnages me survivront, ne peut que me réjouir.

Quelle est votre méthode de travail ?

Je crois bien qu'elle doit être la même pour tous les dessinateurs qui réalisent aussi leurs scénarios. A partir d'une idée, ou gag, on s'efforce d'en ajouter d'autres et les enchaîner pour que le tout forme une histoire cohérente et le plus drôle possible. Ensuite, on découpe l'histoire selon le nombre d'images nécessaires et, Hop ! on couche le tout, texte bruits et dessins sur une feuille de papier. Il ne reste alors qu'à l'apporter au rédacteur en chef et supporter stoïquement son engueulade qui augmente en décibels en proportion du retard sur la date de livraison.

Votre conclusion ?

Nul n'échappe aux critiques. On a taxé mon texte de grossier et de mauvais goût ! mes dessins de médiocrité. D'accord, je n'ai pas l'intention de déposer ma candidature à l'Académie et mes dessins sont loin d'atteindre la perfection, mais au cours de signatures d'albums et de posters aux quatre coins de la France, ou de l'étranger, ce qui compte pour moi, c'est de voir les enfants se bousculer autour de moi en me tendant des bouts de papier et qui repartent joyeux en emportant un petit dessin qu'ils ont vu exécuter de leurs propres yeux Voilà.

NOTE : Le 14 décembre 1973, la rédaction de PIF Gadget remettait, au cours d'une réception, un PIF en or à C. Arnal, ainsi qu'un coffret qui réunissait des dessins originaux de tous les dessinateurs des Editions Vaillant. Modeste hommage rendu à celui qui, par son talent et sa gentilesse a su donner tant de joie à des milliers de lecteurs.

Le créateur et ses successeurs Caricatures de Pouget

Photo et caricatures ci-dessus (dues au génial Pouget) Le créateur et ses succésseurs.

De gauche à droite : Nicolaou (Placid et Muzo), Mottî (Pif), ARNAL, Yannick (Pif), Mas (Pif, créateur aussi de Pifou, le fils de Pif).

Cet article a été publié dans Hop ! numéro 2 en juin 1974.
Les illustrations sont © Arnal et Pouget pour les caricatures.
Merci à Simone Cance qui a donné son accord pour la reproduction de cet article.

Arnal J. C. : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

Nicolaou : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

Motti : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

Yannick : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

Mas : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

Placid et Muzo : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

Pif : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

Pifou : Liens vers d'autres sites et bibliographie sur BDoubliees.com

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