Les chroniques de Louis Cance
De Coeurs Vaillants à Formule 1
(interview de Pierre Marin, rédacteur en chef de Formule 1)
De 1929, naissance de COEURS-VAILLANTS à nos jours avec FORMULE 1
quel chemin parcouru ! Pourriez-vous nous le retracer brièvement ?
Fondé par Jacques Coeur le 8 Décembre 1929, ce journal de patronages
connut un succès immédiat. Dix ans après il tirait à 175.000
exemplaires. 11 y avait des groupements de jeunes Coeurs-Vaillants
dans toute la France. Pendant la guerre sa parution se poursuivit
sous diverses formules malgré les difficultés. A la libération il
continue sa route toujours au même format de 28x38, avec huit pages
puis 12. De nouveaux collaborateurs viennent grossir l'équipe.
En 1957, il change de format et passe à 21x31 et sur 24 pages sans
changer de titre. C'est en 1963 qu'il devient "J2 JEUNES", formule
qui s'est modifiée à nouveau en 1968 avec un retour au grand format
qui dure peu de temps. C'est en 1970 qu'il se transforme et adopte
sa présentation actuelle : "FORMULE 1".
L'esprit de Jacques Coeur (Abbé COURTOIS), animateur des "patros"
qui donnèrent naissance à "Coeurs-Vaillants", a traversé bien des
tourmentes, qu'en reste-t-jl ?
Si la forme a changé, l'esprit reste le même : faire un journal
qui soit un lien entre ses lecteurs, qui les aide à découvrir le
monde, qui leur donne des idées d'activités et les pousse à s'organiser
entre eux, qui réponde à leurs besoins spirituels,intellectuels
et à leurs besoins de jeux, de détente et de rêves.
Cette définition aurait pu être donnée, aux termes prêts par Jacques Coeur.
Pendant longtemps "Coeurs-Vaillants" est resté très conservateur
acceptant rarement de nouveaux dessinateurs. Aujourd'hui de nouvelles
signatures apparaissent et parfois certains styles semblent mal
s'adapter au journal. Pourquoi ce revirement ?
Vous êtes bien placé pour savoir, qu'à moins d'augmenter les pages
du journal, si on prend un nouveau dessinateur, il faut se priver
d'un ancien. La caractéristique de la maison est plutôt la fidélité
aux dessinateurs qui travaillent pour elle. Pourtant, amusez-vous à
faire le tour de tous ceux qui sont passés, à un moment ou à un autre
à Fleurus et vous verrez que nous n'avons pas souvent fermés nos
portes aux jeunes. C'est encore ce que nous faisons maintenant avec
quelquefois des échecs. Nous sommes quelquefois plus sensibles à la
situation du dessinateur qu'à son dessin. Est-ce une erreur ? Peut-être.
Croyez-vous que le système de vente uniquement par le canal des
services de presse des paroisses assure une'diffusion suffisante à
Formule 1 ?
Si l'on considère que Formule 1 s'adresse exclusivement aux garçons
de 10 à 15 ans, alors que tous les autres journaux sont mixtes
et couvrent en raison de leur contenu, des âges plus étendus, notre
diffusion n'est pas mauvaise, comparée avec Spirou ou Tintin.
Bientôt il n'y aura plus d'illustré de bande dessinée pour la jeunesse
catholique (voir la Nouvelle formule de Record). Il ne reste plus
que Formule 1 dans lequel la BD n'est pas prépondérante (20 pages
sur 56). Faudra-t-il que les amateurs de BD se tournent vers Spirou
Tintin/Pif ? La matière rédactionnelle semble progresser au détriment de la BD.
Nous n'avons jamais voulu faire un illustré de bandes dessinées
pour la jeunesse catholique. Nous faisons un journal catholique pour
les jeunes. Même Coeurs-Vaillants n'était pas essentiellement un illustré
de bandes dessinées. Nous faisons un journal le plus complet
possible, avec de la photo, des reportages, du sport, et bien sûr des
pages de bandes dessinées.
D'autre part, je ne comprends pas pourquoi on obligerait les
enfants à n'acheter qu'un journal. Bien des adultes achètent "le Monde"
pour y trouver de la politique, de l'économie et "L'Equipe" pour y
trouver du sport. Il en est de même pour les jeunes; beaucoup achètent
Formule 1 ou Record et d'autres fascicules de bandes déssinées.
Enfin nous n'avons sûrement pas de mission "divine" pour propager
une soi-disant bande dessinée catholique. Nous ne pensons pas que
ce qui est chez nous est bon et chez les autres mauvais. Les jeunes
aiment la bande dessinée, mais aussi le sport, les voyages, la connaissance
des pays étrangers, etc...
En résumé, nous ne faisons pas un illustré de bandes dessinées,
mais un journal où il y en a un peu.
Etes-vous libre de concevoir votre journal ou êtes-vous soumis à
des critères par la direction ?
On ne "conçoit" pas un journal toutes les semaines. Au départ, la
Rédaction et la Direction travaillent ensemble pour mettre au point
une formule, définie dans sa forme et dans son son fond. Après, c'est
à l'équipe rédactionnelle de la réaliser. Le Rédacteur en Chef étant
là pour assumer la fidélité à la formule originale ou mieux, animer
l'équipe rédactionnelle dans l'esprit choisi ensemble au départ. De
temps en temps, on fait le point avec la Direction pour mesurer ensemble
l'évolution que prend le journal au fil des mois. Plus pour
en prendre conscience et bien voir où on en est que pour un "coup de
barre" à droite ou à gauche. Je n'ai jamais eu de censure.
Auriez-vous une 'conception d'une publication de BD idéale ?
Je ne tiens pas à faire une publication de bandes dessinées et je
crois que je serais incapable de la faire.
Et les fanzines, qu'en pensez-vous ?
Je suis journaliste de formation et de tempérament. Je crois au
caractère éphémère de ce qui parait dans les journaux. Ils sont faits
pour ça et c'est un de leur charme. Je regarde avec un peu d'étonnement
ces journaux qui paraissent pour parler de ce qui parait dans
d'autres journaux. Je pense que cela peut intéresser les collectionneurs
et les amoureux de la bande dessinée. Cela me parait du même
ordre que les philatélistes avec bulletin de liaison, catalogue de
cotation, etc.... Il reste que beaucoup de gens se servent des timbres
d'abord pour affranchir leurs enveloppes, que certains sont
très beaux at que je trouve bon que des amateurs les gardent et les
regardent. C'est un peu pareil pour la bande déssinée.
Bien malgré vous, vous êtes parfois mélé aux gags de Prémolaire,
donc vous devenez vedette (même secondaire) de B.D. ?
Je suis plutôt contre le fait de mêler les personnages réels de
la rédaction aux aventures du journal. On risque de créer un espèce
de club où seuls les initiés pourraient reconnaître et comprendre
les gags. Dans le cas de Prémolaire, il ne s'agit que d'une ressemblance
physique et, puisqu'il faut choisir une tête, celle-là ou une
autre, cela n'a pas beaucoup d'importance. En règle générale, lorsqu'on
fait un journal de jeunes, il faut prendre plaisir à le faire
mais éviter de se faire plaisir.
Les lecteurs y perdraient ; on perdrait des lecteurs.
Quelle orientation va prendre FORMULE 1 dans l'avenir ?
Nous sommes en train d'y travailler pour la rentrée d'octobre. Ce
ne sera pas un bouleversement mais j'espère une amélioration.
Propos recueillis par LEWIS (Louis Cance)
mars 1974
Cet article a été publié dans Hop ! numéro 2 en juin 1974.
Les illustrations sont © Arnal et Pouget pour les caricatures.
Merci à Simone Cance qui a donné son accord pour la reproduction de cet article.
Mémoire de Formule 1