Les chroniques de DannY De LaeT

RAYMOND REDING ET LA BD DANS LA PRESSE QUOTIDIENNE

Chapitre 2 : LES GRANDS PRECURSEURS : Le petit "vingtième" & Ons Volkske

Paradoxalement c'est par le truchement de l'illustré pour la jeunesse que ces séries américaines, à l'origine parues dans des quotidiens, vont passionner le jeune lecteur soit-il italien, français, belge ou hollandais.
Les grands précurseurs

Outre "Le petit Vingtième" - mais celui-là est un supplément, ne l'oublions pas - les illustrés belges s'intitulent "Bravo" (1936-40), "Ons Kinderland" (1937-38), "Spirou" (1938- ). La BD américaine y tient le haut du pavé mais l'apport local, aussi primitif soit-il, est déjà remarquable car pour beaucoup d'illustrateurs et graphistes c'est un nouveau débouché qui pointe à l'horizon.

A ne pas oublier non plus, que ceux-là avaient déjà été précédés par quelques illustrés édités à Anvers, répondant aux critères joints de la presse enfantine anglaise et française : dynamisme de la BD anglaise d'un côté, tradition de l'image d'Epinal de l'autre.

Au trio de précurseurs, "Het Mannekensblad" (ed. Vlaamse Volksromans, 1911-1916), "De Kindervriend" (1914-1940) et "De Kinderwereld" (1916-1926) - tous deux édités par Patria - il faut encore ajouter bien sûr "Petits Belges"/"Zonneland" (Bonne Presse à Averbode, à partir de 1920) ; ceux-là restent fidèles à la bande dessinée à l'ancienne avec textes sous les cases.
On y retrouve des dessinateurs et illustrateurs talentueux mais souvent restés inconnus : W. Segers, G. De Laet, John Janssens et même Amédée Lynen.

Côté suppléments "Le petit Vingtième" montre la voie ; l'hebdomadaire familial "Ons Volk" suivra son exemple qui présente de 1932 à '38 "Ons Volkske", supplément que le pionnier de la BD flamande, Eugène Hermans (dessinant sous le pseudo Pink) remplit allègrement, tandis que dès 1937 le quotidien anversois "De Dag" présente «Wonderland" où l'on retrouve des BD de Foster, Segar, Lyman Young et "Donald Duck" parmi d'autres.

La guerre et l'occupation ralentissent à peine le mouvement qui verra encore un renouveau de "Bravo" (dans les deux langues cette fois), le lancement d'illustrés éphémères tels que "Ons Rakkersblad" (Gand), "Aventures Illustrées" (Bruxelles), mais surtout l'éclosion de nouveaux talents parmi les dessinateurs : Laudy, Jacobs, Vandersteen, Sirius, Valentin... et même un tout jeune Reding ! !

Mais c'est dans l'après-guerre que l'éclosion devient une explosion phénoménale de la BD avec un déferlement d'illustrés plus ou moins éphémères : "Bimbo", "Wrill", "L'Explorateur", "Nine", "Annette", "Héroïc-Albums", "Story", "Sabord", "Petits Belges", "Mickey Magazine", "KZV", " Wonderland", "Ons Volkske"...

On connait la suite : en fin de compte "Spirou" et "Tintin" regrouperont les meilleurs talents et deviendront les illustrés chefs de file du genre qui, quelques décennies durant, tiendront le haut du pavé dans le domaine de la BD Européenne.

Parallèlement les quotidiens développeront un apport considérable en laissant de plus en plus de place à la BD, souvent en créant leur propre support indépendant, sous forme de supplément pour la jeunesse.

Beaucoup de journaux ouvrent leur porte aux dessinateurs et disposent ainsi de leurs propres séries qui, petit à petit, deviennent l'équivalent des feuilletons à suivre, toujours populaires - principalement les romans policiers - mais qui décennie après décennie perdront de leur lustre et de leur charme, pour devenir simple remplissage à partir des années '70.
Le succès grandissant des BD dans les journaux détermine parfois le caractère dudit journal : certains lecteurs - et non des moindres - lisent d'abord leur portion de BD avant d'attaquer les sports ou la politique.

Le plus gros apport de la BD dans la presse quotidienne se fera cependant dans la section réservée à la jeunesse qui, selon son importance, deviendra un support hebdomadaire, c.à.d. une page entière du journal réservée à la jeunesse - à l'époque en général paraissant le jeudi (le mercredi à partir de '60-'61) - page que l'on pouvait détacher du journal et plier au format A4 (plus ou moins) pour former un petit journal indépendant de 8 pages, particulièrement attrayant par la présence de BD.

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