Les chroniques de DannY De LaeT

RAYMOND REDING ET LA BD DANS LA PRESSE QUOTIDIENNE

Chapitre 7 : TRESORS CACHES DE REDING

Enfin Reding vint, évidemment. Né le 23 février 1920 à Louviers en Normandie, ce Français d'origine fit ses études en Belgique où sa famille s'installa des 1931. Sous l'occupation il vivota, s'essayant à plusieurs métiers - dont pianiste de jazz - tâta de l'écriture et présenta quelques contes à gauche et à droite. La rédaction de "Bravo" lui proposa d'illustrer ses propres récits et c'est ainsi que pour ce jeune homme de 24 ans s'ouvrit le monde du dessin, l'univers de l'illustration, genres dont il n'avait pas la moindre connaissance mais pour lesquels il avait indubitablement un don !

Reding persévéra et apprit le métier sur le tas. En 1947 il osa même proposer une BD, - c'était à la mode - au journal LDH qui l'engagea sans plus. Reding y restera près de vingt ans avec son « Monsieur Cro » ! Petit à petit, d'étape en étape, Reding acquiert du métier et l'assurance due au conteur en images.

En 1950 il se présente chez "Tintin", même démarche que chez "Bravo", même résultat : on l'engage pour des illustrations et des contes puis on accepte une première BD, la biographie de "Monsieur Vincent" ; c'est encore hésitant, parfois curieux, un péché de jeunesse assurément, mais Reding est un élève doué. Il multiplie les histoires longues ("Le pacte de Pashutan" dans "Tintin" en 1951, "Les œufs durs s'en vont-en guerre" dans "Spirou" en 1953) et les récits complets.

"Prunelle" sera créée en 1953 pour le supplément de LDH mais c'est en 1957 qu'il entame dans "Tintin" la série qui fera sa première gloire : "Jari", histoire d'un jeune garçon orphelin receuilli par le champion de tennis Jimmy Torrent. Jari et Jimmy sont rapidement promus au rang de vedettes mais le succès de cette BD occultera l'oeuvre parallèle dans LDH, puisque ausi bien Reding continue toujours "M. Cro" et "Prunelle".

En 1965 - au moment où il cesse sa collaboration à LDH - Reding créera un nouvel héros mais restera dans le monde sportif puisque "Vincent Larcher", est un joueur de football, qui avec son ami Olympio, vivra des aventures souvent fantastiques....

Pour "Tintin" Reding inventera encore "La section R", en 1971, avec Sophie et Django, qui occupent un bureau d'enquêtes spécialisé dans les problèmes sportifs. Cela permet évidemment une plus grande variation dans les disciplines sportives et en 1977 le dessinateur récidive avec l'éphémère série "Fondation King".

Passé comme tant d'autres avec armes et bagages chez "Super As" en 1979, il y dessine les aventures de "Eric Castel", où il retrouve le monde du football et dont les dernières histoires paraîtront directement en album.

Il publiera encore "Pytha", série animalière qui ne connaîtra qu'un seul album (1987).

Bref, une carrière bien remplie - et couronnée car Reding n'était pas peu fier de son titre de chevalier de l'ordre de Léopold - et une belle suite d'albums où se télescopent souvent sa passion pour le sport et son imagination débridée, entrainant ses personnages dans des récits de SF et de fantastique, le tout enrobé d'un humour bienveillant.

A la limite on peut se demander pourquoi Reding - valeur sûre de la BD - fut si mal traité par son premier grand éditeur, le Lombard, qui renâcla souvent à éditer des albums de ses différentes séries?

Mais ce sont là des transgressions qui nous mèneraient trop loin.

Il faut toutefois rendre hommage aussi à ses fidèles collaborateurs, tout d’abord Françoise Hughes - qui depuis sa période "Tintin" collaborait étroitement sur les scénarios aussi bien que les décors, l'encrage et les couleurs - et bien sûr les collaborateurs occasionnels tels que Ghion ou surtout Tenas (qu'est-il devenu, ce grand méconnu de la BD ?). Ce dernier s'occupait particulièrement des grands décors de stades ou de villes dans "Eric Castel". Puis un beau jour, son chapeau sur la tête, son petit chien sous le bras, il tira sa révérence. Reding ne l'a plus jamais revu !

Il faudrait aussi parler du style de Reding : ce trait net et souple, ce sens du décor et de la mise en place (sauf à ses débuts !) qui donnent au dessin cette netteté photographique qu'il développa (c'est le cas de le dire) au fil des ans.

Reding a longtemps recherché sa meilleure technique allant jusqu'à travailler au pinceau sur des planches au format double du journal. Son trait c'est d'ailleurs "assagi", simplifié et schématisé pour ses personnages, le décor par contre s'est enrichi.

Un mot encore du "système Reding" qui chez "Tintin" fit longtemps les gorges chaudes : toujours friand de suspense Reding avait imaginé un système - presque une image de marque - dont il abusa parfois au grand dam de ses lecteurs.

A certaine époque il avait l'habitude de terminer une planche avec en bas de page une dernière case en mini-chute. On voyait p.e. un personnage s'écrier comme en détresse : "Argh !" Il fallait évidemment attendre son "Tintin" de la semaine suivante pour connaître - suspense ! - la raison de ce cri de détresse qui souvent tournait en eau de boudin, le personnage s'aperçevant (p.e.) que le lacet de son soulier était simplement défait !

Mais bref, ce fut souvent plus un sujet d'amusement que d'irritation chez les lecteurs haletants que nous étions.

Il y avait surtout dans les BD de Reding cette omniprésence des jeunes gosses et adolescents. De Jari à Pablito (dans Eric Castel) Reding a toujours laissé soudre beaucoup d'indulgence et d'amitié (oui, à l'outrance) pour les tout jeunes.

Et puis, bien sûr, ne boudons pas notre plaisir, Reding aimait mettre en scène de jeunes héroïnes et sans jamais avoir été jusqu'à les rendre érotisantes, il a eu ce mérite et cet avantage de dessiner de jeunes dames attrayantes à une époque où cela n'était pas évident dans la BD belge.

Même si Reding mettait souvent en scène de jeunes femmes au physique ressemblant, il est indéniable qu'il y met du charme et que ses troublants personnages féminins en ont à revendre.

Ce qui à l'époque n'était visiblement pas possible dans "Spirou" (seuls personnages féminins importants : Seccotine et Queue-de-Cerise et... Lady X !) ni dans "Tintin" (à l'époque rien, sauf la mère de Michel Vaillant et il faudra attendre longtemps l'entrée de Nadine, Françoise et quelques autres) l'était à plus d'un degré dans la presse quotidienne, à preuve l'érotisme latent dans "Frank" (Edgar Ley) dans "Le Peuple" et les dessins retouchés dans "Eric, l'homme du Nord" (Hans Kresse) dans "Le Soir".

N'en doutons pas : il y avait dans la BD belge un très net clivage entre la presse quotidienne et la presse hebdomadaire, même si l'on trouvait dans l'une et l'autre les mêmes noms d'auteurs : Sirius, Craenhals, Reding, Vandersteen, Weinberg, Hubinon, Peyo et bien d'autres.

Reding habitait un appartement tranquille, tout près du stade d'Anderlecht d'où il pouvait entendre les clameurs de la foule (moins tranquille à ces moments-là) ; c'est là qu'il est mort le 26 avril 1999.

Prochain chapitre : Les 120 travaux de M. Cro

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